Pas de faux-semblants à Saillans

La participation comme raison d’être

L’équipe de Saillans, dans la Drôme, a conquis la Mairie en 2014 avec un programme qui n’en était pas vraiment un. En fait, le projet politique de cette bande de citoyens est davantage une méthode qu’un programme. Leur vision s’est nourrie d’une volonté farouche : faire participer l’ensemble des citoyens à la vie de la commune.

« Amener les citoyens à prendre de la hauteur et à penser l’intérêt général »

Alors, une fois élue et à l’heure de la révision du Plan Local d’Urbanisme (PLU), l’équipe a choisi là encore de faire confiance aux habitants. Pourtant, le document est fastidieux, technique. Entre textes juridiques, problématiques d’architecture ou d’urbanisme, déchiffrer le dossier, c’est plutôt ardu… Alors, comment la Mairie s’y est-elle prise pour co-construire son PLU avec ses concitoyens ? Quel est l’intérêt de cette démarche ? Vincent Beillard nous raconte cette aventure.

Le Maire ne mâche pas ses mots

Entre cette entrevue et les ateliers de travail sur le PLU… nous commencions à avoir une bonne idée des méthodes de la Mairie. Mais quelle idéologie anime ces personnes ? Quel regard jettent-ils sur la société actuelle, et notamment sur les systèmes politique et médiatique français ?

Vincent Beillard parle donc en son nom, ici, mais il est représentatif d’une plus vaste catégorie de personnes : des citoyens éclairés et motivés pour faire du politique, même si cela doit passer par faire de la politique.

Relire nos deux articles précédents sur Saillans :
Saillans, ça nous a PLU
De la concertation au « faire ensemble »

Sur le site de la Mairie : une description détaillée et très instructive du mode de gouvernance, collégial et participatif.

Retranscription de la seconde vidéo
Un regard sans concession sur la société : Vincent Beillard, Maire de Saillans

L’idée de « réconcilier le citoyen avec sa nature politique et le politique avec sa nature citoyenne », est-ce que ça te parle ?

Le citoyen avec sa nature politique ça c’est indéniable, il y a un besoin énorme que le citoyen se réapproprie le politique. Trop longtemps, on a été dans une situation confortable, chacun bossait, boulot-dodo, le loisir, les vacances. Mais la crise est arrivée, avec ces guerres, les migrants qui débarquent en Europe, le Brexit, Nuit Debout … des questions qui font se dire « nous citoyens on a trop laissé faire les politiques ». Et là on voit qu’il y a une fracture, ils ne répondent pas aux attentes, ils répondent à côté de la plaque, ils n’écoutent plus le peuple. Donc il faut qu’il y ait des choses qui se fassent. On vit des moments passionnants, ça se fait dans le chaos, mais c’est ce chaos qui permet de se mettre en mouvement en tant que citoyen.

Après du côté politique, de par les échos que j’ai eu de députés, ces mouvements citoyens, pour l’instant, ils ne les prennent pas en compte. Ils pensent que ça va passer. Je pense qu’ils sont vraiment très éloignés, ils sont dans une bulle. Mais cette bulle dans laquelle ils sont enfermés peut même arriver au niveau local. Moi en tant que Maire, je suis élu à l’intercommunalité, je fais partie de commissions, je suis représentant de ceci, cela, je vais dans beaucoup d’assemblées générales … on peut vite s’enfermer, et même en tant qu’élu local, se retrouver coupé de la population. Donc j’imagine que plus on monte, et plus ça se vérifie.

Et tu en penses quoi du système politique actuel ?

Ce système ne fait qu’alimenter la fracture. C’est pour ça qu’il y a des propositions alternatives, notamment d’avoir un Sénat citoyen, plutôt que d’autres élus qu’on paye grassement, et qui sont nombreux. Il faut tout remettre à plat selon moi. Pareil ce Président, cet homme providentiel, plus personne n’y croit, et en plus c’est complètement désuet. On hérite d’un système qui à l’époque répondait à un besoin, l’après-guerre, le fait d’avoir un leader. Mais maintenant je pense que les citoyens sont montés en compétence, ont de l’éducation. Et Internet est arrivé, la grande révolution du siècle. Donc maintenant il y a matière à faire autrement. Il faut arrêter de continuer ce schéma. Il faudra prendre le temps de réinventer, à travers de nouveaux outils, une nouvelle République.

C’est quoi pour toi un monde plus juste et plus équilibré ?

Au niveau de l’équilibre, c’est que chacun puisse avoir accès à une information. On voit aussi la dérive qu’il y a dans les médias, qui ont été rachetés par les gros groupes. Ici à Saillans, on ne parle pas de communication, justement pour faire la différence avec les médias, qui vont trop dans de la communication et pas de l’information. On parle de transparence. Ce besoin de transparence, on le voit avec les lanceurs d’alerte, qui sacrifient leur vie : ils mettent en lumière des choses qui étaient dans l’ombre. Il faut de la transparence et de l’information. Et il faut une indépendance des médias. Pour moi c’est la base pour la vie démocratique. Ensuite, c’est de la responsabilité des élus et du système étatique, de mettre au maximum tous les outils – et ça il en existe déjà une centaine – pour que le citoyen puisse être acteur de la vie politique.

Et que penses-tu des derniers mouvements citoyens comme les « Nuit Debout » et de la violence qui leur est parfois reprochée ?

Moi je suis non violent et je ne cautionne pas du tout la violence. Mais d’entendre aussi ce gouvernement dire qu’il y a des casseurs, de la racaille, pour moi c’est pas entendable. Je condamne toute forme de violence, mais il faut aussi que les médias et le politique se demandent pourquoi on en arrive là. C’est qu’il y a un désespoir tel que pour se faire entendre – et on se fait pas entendre, on n’est pas pris en compte – forcément que ça pète les plombs. C’est la nature humaine. Et en plus, 1968 on ne peut pas dire que ça a été rose. Ça a été très violent. Et même avant … on oublie l’Histoire, on voudrait qu’on manifeste gentiment avec des pancartes, mais on voit que ça sert à rien. Les pétitions ça sert à rien. Donc il y a une colère qui monte, on n’est pas écouté. Forcément qu’il y a de la violence.

Tu as l’air très critique du système médiatique et de la TV en particulier ?

Ce que je peux voir, c’est une télé qui nous montre la réussite économique, des jeunes entrepreneurs, des gens qui vont aux Etats-Unis et qui réussissent. On ne parle plus des associations de quartiers, de l’éducation populaire, des colonies de vacances. Des choses qui ont existé et qui existent encore, qui mettent en mouvement le lien, le vivre ensemble, avec essentiellement du bénévolat, et qui font que ça améliore la société. Non, on parle de personnes qui réussissent, ils ont monté leur entreprise et ça marche, voilà. On ne parle que de réussite personnelle. On manage notre vie. Dès qu’on naît, on doit être les meilleurs en compétition au niveau scolaire, ensuite on créé sa boite et c’est la réussite quoi.

C’est beaucoup une histoire d’argent, non ? Bah oui !

Et en fin de compte, c’est depuis la mondialisation de l’économie. Qui nous faisait espérer un mieux-être, mais c’est complètement faux. Effectivement on a accès à beaucoup de choses en terme de consommation, les prix ont baissé, mais est-ce que ça améliore notre bien-être ? Notre vivre-ensemble ? Et la paix dans le monde ? J’en suis moins sûr.


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