Petits partis, grandes idées

Il existe des alternatives aux traditionnels PS, LR et FN. Parmi ces petits partis qui n’arrivent pas à faire parler d’eux : le Parti Pirate. Né d’une simple blague, il est aujourd’hui l’un des partis majeurs en Islande et a réussi à placer des députés aux parlements de plusieurs pays nordiques.

Nous avons rencontré Jérémy Collot, un membre du Parti Pirate qui s’est présenté aux législatives de 2012 en Haute-Garonne. Il nous raconte dans cette première vidéo, comment est né son parti.

Liberté, démocratie, partage.

Les valeurs centrales des « Pirates » sont les libertés et les droits fondamentaux (vie privée, liberté d’expression, liberté de l’Internet…), la transparence, le libre accès au savoir et à la culture (partage, droit d’auteur…), et la lutte contre les monopoles privés (système des brevets…). En économie, le parti pirate veut favoriser l’entrepreneuriat et les initiatives individuelles en limitant la spéculation et la rente. Pour en savoir plus.

Démocratie liquide, de quoi s’agit-il ?

Le projet du Parti Pirate s’articule également autour de la « démocratie liquide » : une démocratie participative, ouverte, inclusive, qui est un mélange entre la démocratie représentative et la démocratie directe. Cette forme de démocratie hybride est aujourd’hui réalisable grâce aux outils numériques. Comment ça marche exactement, quels sont les avantages ? Dans cette seconde vidéo, Jérémy nous donne quelques réponses.

En pratique, la démocratie liquide, c’est la possibilité de :

  • donner sa voix à quelqu’un pour s’exprimer sur un ou plusieurs sujets… et la reprendre à tout moment si le délégué ne remplit pas son contrat, ou que ses idées divergent de celles du déléguant.
  • choisir, à la carte, comment sa voix s’organise. Ceux qui ne sont pas intéressés par la politique continueront à donner leur voix à un représentant. Mais ceux qui souhaitent s’impliquer davantage pourront voter directement, sans représentant.
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Schéma comparatif entre démocraties directe, représentative et liquide, par Dominik Schiener (source : Wikipedia)

S’engager en politique : comment trouver le temps ?

Si on souhaite s’impliquer vraiment en politique, cela demande du temps : lire les projets de lois, les amendements, se renseigner sur le sujet en question et avoir un avis …

Jérémy donne des solutions à ce manque de temps dans cette troisième vidéo.

Comme beaucoup aujourd’hui, il pense que la montée du chômage est inéluctable, notamment du fait de la robotisation galopante (voir notre précédent article « le temps d’être citoyen »). Il est donc temps de repenser le modèle dans lequel nous vivons, de repenser le travail et nos rôles dans la société.

D’abord déconstruire cette idée reçue que le chômage, c’est l’inactivité. Comme nous le dit Jérémy, « avec le chômage j’ai pu mener deux projets entrepreneuriaux, j’ai fait beaucoup de rencontres, beaucoup de politique, ça m’a énormément apporté. »

Pour répondre à ce changement de modèle économique, le Parti Pirate promeut depuis longtemps l’idée d’un revenu de base, qui permet soit de travailler pour gagner plus, soit d’offrir une soupape de sécurité pour développer un projet professionnel, ou encore de prendre du temps, d’aller rencontrer des gens, de s’informer, et « pourquoi pas », de s’engager davantage en politique.

Faire émerger de nouveaux courants de pensées

Comment faire pour que ces idées neuves atteignent la sphère politique ? Les petits partis, porteurs d’idéologies alternatives sont en effet largement défavorisés. Jérémy nous explique pourquoi dans cette vidéo.

La question du financement est bien sûr la première cause du manque d’audibilité des programmes de petits partis. Pour faire campagne, il faut des centaines de milliers d’euros pour des législatives. « Moi j’ai fait une campagne qui m’a coûté 2500 €… il faut déjà avoir les moyens de sortir cette somme. »

Récemment, la « loi sur la modernisation des règles applicables aux élections » a encore compliqué les choses, notamment avec la mise en place de l’équité du temps de parole des candidats, plutôt que l’égalité. Jérémy Collot analyse ainsi les répercussions : « On va se retrouver avec 95 % du temps de parole qui sera pris par les 3 principaux partis politiques, qui amèneront leurs idéologies, leurs points de programme à traiter et du coup on parlera absolument pas des autres« .

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L’équité du temps de parole, plutôt que l’égalité, ça change quoi ? Source : lemonde.fr

Lorsque nous avons réalisé cette interview, nous ne pensions pas que les thématiques de participation citoyenne, d’innovations numériques ou de revenu de base prendraient une telle place dans la campagne présidentielle. Peut-être que les petits partis peuvent en tirer un certain mérite. Par leurs tentatives incessantes de faire vivre leurs idées, certaines ont fini par trouver leur place dans les programmes de « gros candidats ».

Pour autant, leur rôle ne s’arrête pas à faire infuser leurs thèses dans le débat dominant. Leur force, c’est précisément de faire vivre une autre forme de politique, loin des « appareils » des grands partis.

Quelles solutions pour que les « petits partis » soient mieux entendus et mieux représentés ? 
Pour une diversité de points de vue, il nous semble essentiel de proposer une offre politique conséquente, à même de refléter la diversité des opinions des français ; qu’ils se sentent représentés dans leurs idées. Voici quelques pistes pour y contribuer :

  • La mise en place de la proportionnelle. Cela pourrait permettre la fin du « vote utile ». A l’heure actuelle, il est reproché aux votants de petits partis de « favoriser l’ennemi », pour un résultat nul (leur candidat ne sera jamais élu). La proportionnelle permettrait sûrement de réhabiliter un vote « pour » ses convictions, plutôt que « contre » untel.
  • Le bulletin unique. Il permet aux partis ne disposant pas de fonds suffisants pour financer l’impression de bulletins de vote de participer aux élections sur une base plus égalitaire.
  • Il faudra peut-être en passer aussi par d’autre formes de votation, comme celle expérimentée par LaPrimaire.org. Pour désigner le candidat de la plateforme à la présidentielle, il a été décidé de procéder par « jugement majoritaire ». Dans ce système, les électeurs attribuent des « mentions » à tous les candidats.
  • Enfin, des citoyens qui se réintéressent à la politique, pour que les grands sujets de société soient débattus par tous, à la maison, dans la rue… cela permet de faire vivre le débat d’idées. Et ça commence dès l’école, comme le rappelle Jérémy Collot : « Tant qu’on est dans un rôle où les enfants sont assis, inactifs et écoutent les paroles d’une grande personne qui va donner tout son savoir, ça va être compliqué de changer notre état d’esprit. » Et cela passe également par plus de démocratie participative, pour permettre aux citoyens de s’impliquer.

Les autres « petits partis »
Nous ne pouvons pas ici faire l’inventaire de toutes les formations politiques existantes. Nous vous renvoyons donc vers notre article « s’engager collectivement » ainsi que vers la page wikipedia dédiée.


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