Le débat ne suffit plus

Le débat public doit évoluer. Jacques Archimbaud, vice-Président de la CNDP (Commission Nationale du Débat Public) a son idée sur la question. « Le monde politique a changé. On ne peut plus faire de la politique maintenant comme il y a 30 ans. » Mais que veut-il dire par là ? 

Nous l’interrogeons face caméra.

Nous sommes dans une société ouverte, cultivée et complexe, avec des appartenances multiples. Les réponses doivent donc être globales, réversibles et adaptées à la variété. […] Faire de la politique aujourd’hui, c’est faire des ajustements, des sophistications plus grandes que par le passé. […] Il faut donc varier les modalités de la décision, de la participation, de la démocratie. Aucune forme ne peut répondre à elle seule”.

Contre la pensée monolithique

La conversation continue sur la question des experts : les décisions publiques sont aujourd’hui justifiées par des expertises, que l’on présente comme des vérités. Et dans ce monde de plus en plus complexe où tout s’imbrique, les experts prennent-ils vraiment en compte toutes les variables ? Tout dirigeant, tout ingénieur, tout politicien qui ne comprend pas que les choses ont évoluées de cette façon là, qui considère que la science dont il est porteur est reine, se retrouve déconnecté de la réalité de notre temps.

Selon nous, l’apprentissage à la pensée complexe devient par conséquent nécessaire, ainsi que la valorisation de métiers qui maîtrisent cette pensée et qui remettent du lien.

Cette réflexion en silo est aujourd’hui “désespérante pour les citoyens, qui ne s’y retrouvent pas. De même pour les entrepreneurs politiques, qui se font taxer d’incompétents ou de corrompus, et qui finissent pas démissionner.” Les citoyens se détournent de la politique car ils ne se sentent pas écoutés, et mal représentés. Et les affaires de corruption qui se multiplient dans la sphère politique et économique nourrit le “tous pourris” dans l’imaginaire collectif, englobant ceux qui souhaitent pourtant exercer une politique juste.  

Outiller la société

“La société doit être réoutillée … ou se réoutiller elle-même. Les gens ont des parcours, ce qui crée une expérience, des savoirs-faire, une diversité des entrées. […] Les gens ne sont pas seulement salarié d’Airbus, usager du métro, parent d’élève ou amateur de ciné… ils sont tout à la fois. Il faut donc imaginer des outils de débat public pour valoriser l’ensemble des savoirs. Les gens sont capables de s’élever à l’intérêt général. Le simple citoyen commence à intégrer des choses de long terme.

Les multiples compétences et savoirs acquis tout au long de la vie du citoyen lui donnent une légitimité à être associé aux décisions publiques. La démocratie lui en donne le droit.

La CNDP essaye de se moderniser et de varier ses outils. Mais elle ne fait que pousser des meubles.”

La CNDP agrandit sa pièce de vie, elle intègre de plus en plus de citoyens, notamment via les outils numériques ou des ateliers cartographiques participatifs, qui renouvellent son public (cf article précédent). Mais pour M. Archimbaud ce n’est pas suffisant.

Son rêve : plutôt que de faire des réunions publiques ponctuelles, il faudrait que chaque rassemblement populaire soit l’occasion de débattre ensemble de politiques locales ; et « que le débat public devienne un élément ordinaire de la vie quotidienne. »

Un grand pas à faire 

Malgré ces expertises citoyennes, malgré les débats publics, la parole citoyenne n’est pas toujours écoutée.

Un exemple : le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Malgré les contre-expertise, les manifestations citoyennes, les injonctions de la Commissions Européenne, et malgré l’avis contraire du Rapporteur public, le projet continue.

Si le référendum de Notre-Dame-Des-Landes a consacré le projet, de nombreuses critiques pèsent sur le choix du périmètre de consultation. Plus encore, c’est l’information des citoyens sur les enjeux du projet qui est problématique. Et sur ce point, les débats publics doivent encore progresser.

Il n’est pas suffisant d’offrir ponctuellement aux citoyens un espace d’expression par oui ou non. Il est du devoir d’une démocratie de garantir l’expression des avis les plus détaillés, sur la base d’une information donnée de manière égalitaire.

En somme, il s’agit de faire vivre le rêve de Jacques Archimbaud : des citoyens de plus en plus éclairés débattent chaque jour sur ce qui fait sens pour eux. Ils discutent entre eux et avec les décisionnaires, des projets qui cimentent leur quotidien. Ils font advenir ensemble, main dans la main avec les politiques, une réalité co-construite.


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