Saillans, Trémargat : l’engagement citoyen au cœur (partie 1) – Trémargat, renaissance d’un village

190 habitants pour Trémargat, 1200 à Saillans, un éloignement géographique de plusieurs centaines de kilomètres… a priori, rien ne relie ces deux communes françaises. Pourtant, elles ont toutes deux connues les faveurs d’un traitement médiatique que peu de villes reçoivent.

La raison : elles expérimentent des formes de gouvernance nouvelles, basées sur la participation active et directe des citoyens à la gestion de la commune. Bien sûr, la démocratie participative n’a pas été inventée il y 5 ans. Ces deux communes font partie d’un mouvement de fond qui traverse le monde moderne, à la recherche d’une meilleure répartition des pouvoirs. Mais elles ont apporté beaucoup à ce mouvement, en concrétisant la démarche participative et l’engagement citoyen, en en faisant même le premier axe de leur politique.

Plutôt que de retracer ici leur histoire, nous vous invitons à consulter les articles déjà rédigés.

Sur Trémargat : l’article de 2014 de rue89 ou celui de bastamag.

Sur Saillans : voir l’article de reporterre ou ce sujet d’arte.tv.

Si ces villes sont déjà surmédiatisées, pourquoi vouloir en parler à nouveau ?

Première réponse : car elles ont bien le statut de pionnières et d’exemples à suivre. A ce titre, pour celles et ceux qui s’intéressent à la démocratie participative et à la réconciliation du citoyen avec sa nature politique, il est difficile de faire l’impasse sur Trémargat et Saillans. Par ailleurs, connaissant le ras-le-bol des habitants pour les journalistes, nous avons adopté une posture différente. Plutôt que de venir la caméra ouverte, le micro tendu, nous nous sommes immergés. C’est cette expérience un peu différente qui nous semblait intéressante de raconter.

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Roche et verdure à l’entrée de Trémargat

 

Trémargat, renaissance d’un village

Après un passage à Rennes, nous voici arrivés dans le cœur de la Bretagne, au sud des Côtes d’Armor. De petites routes de campagne, sinueuses. Des bois, des champs. La verdure, partout.

A Trémargat, nous sommes arrivés juste après l’AG du café associatif. Nous avons discuté au bar avec les habitants, dîné avec eux… et eu la chance d’assister à un conseil municipal. Par hasard, celui-ci était programmé le lendemain de notre venue. Un coup de fil à la Maire, Yvette Clément, et nous étions invités à nous asseoir dans une petite salle plutôt bien remplie. Une dizaine d’habitants avait fait le déplacement. Au menu du conseil, la relecture en commun d’un projet d’habitat partagé, pour faire face à la demande croissante de logements dans la commune. La rançon de la gloire pour un village qui a su conserver ses commerces et trouver un second souffle.

Comment répondre à un appel à projets, rédiger sa demande… le conseil est une occasion pour les habitants de s’approprier des démarches complexes. Deux jeunes habitants ont pu exposer leur volonté de construire eux-mêmes un four à pain, partagé sur la place du village. Choix des matériaux, du planning de construction, les élus soutiennent le projet et aident à sa concrétisation en sollicitant un habitant spécialiste de la question, présent dans l’assemblée. En fin de session, un petit débat s’organise autour des compteurs d’électricité « Linky ». Partage d’informations sur les lectures et les rencontres avec des experts du sujet (association Robins des Toits, employés d’EDF…) et discussions enflammées sur les risques et les avantages de ces compteurs, les échanges sont intelligents, maîtrisés. Sans animosité, malgré le caractère polémique du sujet.

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Le café associatif de Trémargat – fermé et sous la pluie ! Lors de notre arrivée, le dimanche soir, une vingtaine de personnes étaient en terrasse au soleil.

Trois heures et demie après le début du conseil municipal, la session est levée. Nous échangeons deux-trois mots avec Yvette Clément, la Maire. Elle nous demande gentiment si nous ne nous sommes pas trop ennuyés. Pas du tout. Bien sûr, certains débats peuvent être ultra-localisés, et il n’est pas facile de s’y retrouver lorsque des noms de quartiers ou d’habitants sont évoqués. Mais les sujets sont universels : voiries, habitats, conflits de voisinages… il nous semble que toute commune doit faire face aux mêmes problématiques.

L’une des choses qui nous a marqué lors de ce conseil municipal, c’est l’insistance avec laquelle les élus revenaient sur le caractère co-décisionnaire du projet. L’idée, c’est d’associer les habitants du début à la fin du projet ; depuis les études préliminaires jusqu’à la réalisation de la construction. Ainsi, dans le cas de l’habitat partagé, si les futurs habitants sont les principaux décideurs, les voisins directs du futur logement seront amenés à proposer leurs idées sur les pièces partagées entre tous, afin de pallier à d’éventuels manques (laverie, chambre d’amis, salle de jeux… les propositions sont les bienvenues). En marge, le reste des habitants de la commune auront également leur mot à dire. Toutes les idées sont bonnes à prendre, que l’on soit voisin ou pas.

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L’épicerie associative. Depuis sa réouverture, elle fait appel aux bénévoles. Chacun s’engage quelques heures par semaine pour tenir la caisse, rentrer les stocks et accueillir les clients.

Plus globalement, nous avons été séduits par l’atmosphère qui règne dans ce village. Le café associatif et l’épicerie sont majoritairement gérés par des bénévoles. Grâce à cet engagement citoyen, la commune attire les habitants alentour, qui viennent y faire leurs courses ou boire l’apéro. Si vous allez y faire un tour, n’hésitez pas à vous arrêter manger à « Coriandre », un resto bio aux saveurs exceptionnelles. Le lundi, c’est tarif libre pour le menu unique. Nous y avons été remarquablement accueillis, comme partout ailleurs dans le village. C’était le cas au café, à l’épicerie (qui elle aussi a des produits excellents – les tartares d’algues, les boudins noirs…hmmm, et produits localement pour la plupart), ou encore au centre nautique lors de notre nuit avec le camion. Trémargat est la preuve qu’un village peut renaître de ses cendres, si les citoyens et les élus marchent main dans la main.

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Les habitants ont tenu à proposer des produits du coin à l’épicerie. Cette carte trône sur le mur pour rappeler cet attachement au local et aux produits bio.

Concernant le traitement médiatique de la ville, nous avons été mis au courant dès notre arrivée. Au café, plusieurs habitants dissertent : « Y’en a marre des journaleux », « C’est toujours la même chose sur Trémargat, ils arrivent avec leurs certitudes… » ; « Quand tu vois les sujets de TF1 ou France 2… ». Ce fut l’occasion pour nous de nous immiscer dans la discussion, apportant nos éclairages sur le fonctionnement des salles de rédaction, qui commandent un sujet que le journaliste a déjà scénarisé. Arrivé sur place, il est souvent dans l’obligation de suivre son script, coûte que coûte. Quitte à travestir la réalité et provoquer l’agacement légitime des habitants… Plus tard, lors du conseil municipal, nous aurons l’occasion d’entendre un son de cloche plus positif sur les médias. Les élus conviennent ensemble que, malgré le côté agaçant de ce coup de projecteur sur leur village, grâce aux nombreux articles, reportages, podcasts sur leur commune, leurs demandes de financements ont plus de chance d’aboutir. Les deux côtés de la médaille…

 

Voir les autres articles de la série « Saillans, Trémargat : l’engagement citoyen au coeur »

 


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